Bienvenue dans l’organisation systémique du travail, l’ère du communicant
par marc, le 07/10/2009Et voici cette fameuse organisation de demain dont je parle tant. Cette organisation dans laquelle la communication interne aura un rôle si important à jouer. Quelle est-elle ? Que remet-elle en cause ? Qui en parle ? Autant de questions auxquelles vous avez vos réponses…
Héraclite a été le premier philosophe à avoir avancé l’idée selon laquelle « l’univers est dans un état de flux constant où l’on trouve les caractéristiques à la fois de permanence et de changement. »
Pourtant, l’univers a justement été pensé jusqu’ici comme un vaste ensemble déterministe. Comme le disait Einstein « Dieu ne joue pas aux dés ». Autrement dit tout est déterminé et rationalisable. Longtemps, la pensée prédominante a été celle de la « rationalité absolue ». La science tente d’expliquer le monde comme une vaste mécanique horlogère, rationnelle et prévisible. Aujourd’hui nous pouvons juger les erreurs que cette pensée a pu commettre. Il convient de penser le monde autrement, non plus comme une horloge mais comme un ensemble complexe et non statique.
On peut calquer cette conception aux organisations. Ainsi, comme nous l’avons vu le Taylorisme et le Toyotisme, encore très répandus aujourd’hui, suivent une logique rationaliste et déterministe.
Henry Mintzberg, principal représentant de l’Ecole de la contingence, définit l’organisation comme un processus qui ne peut se baser sur des données figées dans le temps. Ce modèle d’organisation consiste à perpétuellement adapter l’organisation à l’environnement dans lequel elle évolue. Il s’agit donc d’une organisation apprenante et évolutive. Sont énoncés ici les prémisses de la pensée complexe.
Selon François Jullien, grand philosophe français contemporain, on ne peut définir d’organisation idéale avec des règles à suivre. Elle est le résultat d’interactions entre des facteurs concomitants, elle doit s’y adapter.
Crozier démontre également que les procédures formelles font naître des dysfonctionnements et que, par conséquent, la rationalité n’est pas forcément source d’efficacité. L’organisation ne doit donc pas uniquement être pensée comme un modèle guidant les actions de chacun, mais plutôt comme un processus en perpétuelle adaptation. Il va d’ailleurs condamner l’organisation bureaucratique des entreprises de l’époque.
Toutes ces théories sonnent la fin des organisations telles que les entendaient Taylor ou Ford. Nous assistons à la mort de la « Bureaucratie » qu’avait présenté Max Weber. Et, comme je viens de vous le démontrer, je ne suis pas seul à le dire.
L’organisation doit donc maintenant être appréhendée comme un processus.
Darwin disait : « Les espèces durables ne sont pas les espèces les plus fortes … Ce sont celles qui s’adaptent le mieux aux changements de l’environnement. »
Bienvenue dans les organisations complexes, les organisations d’aujourd’hui et de demain.
L’organisation appréhendée comme un système complexe
Les éléments qui nous entourent forment un tout avec des interactions, des liens qui en font un système complexe. Ces systèmes fonctionnent en réseau et sont continuellement soumis à des phénomènes aléatoires.
Chaque élément devient alors une partie du patrimoine génétique et le patrimoine génétique est présent dans chaque élément. L’entreprise ou l’organisation est présente dans chaque salarié à travers sa culture, ses normes et ses valeurs. Et chaque salarié constitue une partie de l’organisation. Au-delà du progrès des NTIC, le rapide développement des communications accélère le niveau de complexité de nos organisations. Les interactions sont plus nombreuses. Il devient de plus en plus difficile pour les salariés d’intégrer la multiplicité des informations qu’ils reçoivent. Et nous, communicants internes, devons le garder à l’esprit.
Cette complexité est telle qu’on peut aujourd’hui assimiler une organisation à un organisme vivant, c’est à dire un système complexe évolutif, formé d’éléments qui interagissent de manière à composer un ensemble stable.
D’autres, les méméticiens, parlent même de superorganisme. L’entreprise devient « un système d’influence qui agit sur les organismes lui appartenant et sur son environnement extérieur[1] ».
L’organisation du travail n’est plus régie par une recherche de rationalité pour une productivité accrue. On assiste à la naissance de chaos internes au sein des organisations. Et ce n’est pas vous communicants internes qui allaient me dire le contraire…
Dès lors, comment faire aller cette organisation vers plus de productivité et de performance, puisque, encore est-il nécessaire de la rappeler, c’est l’objectif premier d’une entreprise. Pour accroitre cette performance, les organisations doivent s’appuyer sur une fonction qui devra s’efforcer de décoder ce désordre interne pour qu’il serve l’efficacité et la croissance de l’entreprise. A qui pensez-vous pour remplir cette mission ?
A la communication interne bien sûr.
[1] Définition donnée lors du 4e Colloque de la Société Francophone de Mémétique, réunie à la pépinière d’entreprise Epinal Golbey. Ce séminaire intitulé “Mèmes & Cies” se donnait pour but d’explorer les regards réciproques de la mémétique et de l’entreprise.









08/10/2009
1. Attention, Mintzberg ne se présente pas en tant que sociologue des organisations
2. Il faut lire P. Bernoux qui dans “nouvelles approches sociologiques des organisations” ou encore “la sociologie du changement” aborde très sérieusement les questions que vous abordez. Voir aussi Burgelman dans “strategy is destinity” et J. Rawls dans son explication sur ce qu’est le bien commun et la justice dans une organisation
3. La communication est importante c’est certain, mais la communication interne est en général très proche de la DG. Et quand vous savez que la DG est l’entité qui est encore aujourd’hui le plus acheteuse des approches rationnelles …
09/10/2009
Rectification faite pour le premier point. Merci.
Concernant le second, je ne manquerai pas de me plonger dans ces ouvrages dès que je pourrai.
Enfin, pour le dernier point, je pense que si effectivement les directions générales sont d’autant défenseurs de la rationalité, c’est avant tout parce qu’elles sont en majorité dirigées par des polytechniciens, X et autres Mines. Et ces derniers voient la vérité principalement dans les indicateurs et ces fameux ROI si difficile à mesurer dans nos domaines. La communication interne reste souvent perçue comme étant “la voix de son maître”. C’est un long travail pour le communicant que de faire prendre conscience aux directions générales de l’importance de tous les points que j’évoquerai dans mes prochains billets et un long travail aussi que de réussir à se faire entendre. C’est à mon sens pour ces raisons que tant de communicants internes disent de leur métier qu’il n’est pas reconnu à sa juste valeur. Mais tout ça n’engage que moi. Ce sont des sujets sur lesquels on pourrait épiloguer des heures durant.
Cordialement.
09/10/2009
Pour ceux qui souhaitent en savoir plus sur l’école de la contingence, je vous invite à lire cet article : http://francace.blogs-de-voyage.fr/archive/2009/04/16/l-approche-par-la-contingence.html.
Et voici un résumé du premier livre cité par Loic et qui semble effectivement très intéressant : http://www.mollat.com/livres/les-nouvelles-approches-sociologiques-des-organisations-9782020685740.aspx
02/11/2009
La communication interne a encore du mal à se détacher de la DG parcd qu’elle en fait son territoire, or elle n’en maîtrise pas toujours les tenants et les aboutissants quand il n’y a aucun professionnel de ce domaine. Moi également ,je pense que c’est une orientation de la com qui n’est pas encore reconnu à sa juste valeur, surtout dans mon pays. Or, si l’on allie de manière systématique la communication interne au management, le résultat sera détonnant, surtout si l’on maitrise les enjeux de l’organisation.